hospitable table
Note from 'Italy' chapter from 'Memoirs Of My Life And Writing' by Gibbon

EXTRACTS FROM THE JOURNAL
1764 Août 9

Florence Cocchi à dîné avec nous. Nous avons beaucoup cause, mais je no lui trouve pas le génie qu'on lui attribue, c'est peut-être parceque les nôtres ne sont pas analogues. J'entrevois de 1'egtravagance dans ses idées, de 1'affectation dans ses manières. Il se plaint à tout moment de sa pauvreté. Il connoit peu la véritable dignité d'un homme de lettres. S'il a beaucoup de science, elle est bornée à la physique. II m'a demande si Lord Spenser no pouvoit pas faire des évêques, et m'a fait un conte de Lord Lyttelton (dont il ne pout souffrir le fils) où il était question des Parlemens de Campagne. Le soir nous avons suivi le Chevalier Mann à trois assemblées chez la Comtesse de Gallo, chez la Marquise Gerini, et chez le Due Strozzi. Cette succession rapide pout seule m'empêcher de m'ennuyer. Je ne parle point la langue du pays. J'ignore leurs jeux. Les femmes sent occupées de leurs Cicisbées, et les hommes paroissent d'une indifférence extrême.

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J'avois oublie do marquer vers le milieu do Juillet, que le Cardinal Stuart a passe à Florence pour aller à Pise. C'est dans le Palais Corsini qu'il a loge. Nous 1'avons vu un instant à la Galerie, ou il ne West arrête qu'une demi-heure. C'est un homme d'une petite mine, et qui a Pair beaucoup plus vieux qu'il ne 1'est en effet. On le dit bon homme, mais excessivement bigot, et sous le gouvernement des Jésuites. Un certain Abbé Nicolini, fameux bel esprit, et tyran de la Crusca et bavard impitoyable, lui a fait son cour, et 1'a accompagne partout avec autant de soin qu'il avoit suivi 1e Due de York. Il est fallu de fort peu que ces deug Sosies ne se soient rencontres aux Bains de Pise.

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Les deux MM. Damer, fils de Lord Milton, et petits-fils du Due de Dorset, sont arrives. Ils sent tous les deuz fort jeunes, mais sans gouverneur. C'est une mode qui commence à passer. Le gouverneur est toujours à charge, et rarement utile; et quant à la dépense il lui seroit difficile d'épargner à son élevé le quart de ses propres honoraires.

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Nous sommes allés avec 1'Abbe Pilori pour voir la Bibliothèque Magliabecchiana, trésor amasse par ce fameux bibliothécaire des grands Ducs, qu'ils ont depuis rendu publique. Elle consiste en 40 à 50 mille volumes, rassembles dans un assez beau vase. Il est singulier qu'un particulier d'une fortune des plus médiocres ait pu rassembler un trésor digne des plus grands princes. Mais quo ne pouvoit une vie très longue dont tous les moment n'avoient qu'un objet unique? Magliabecchi était, pour parler ainsi, la Mémoire personnalisée : un esprit qui ne pouvoit jamais travailler de lui-même, mais qui auroit été un Indice parlant des plus utiles à un homme de génie, occupé de quelque branche de littérature. J'ai vu dans cette bibliothèque une preuve combien la vie entière de cat homme était consacrée aux sciences. C'est son commerce épistolaire qui remplit centaines de volumes. On y lit les noms les plus célèbres de 1'Europe, et le nombre entier des correspondants monte à plus do trois mille deux cens. Je sens qu'ils n'ont pas été contemporains, mais il y a encore do quoi remplir tous les instants d'une vie ordinaire. Les Réponses de Magliabecchi sent en très petit nombre. On comprend facilement qu'il n'en pouvoit pas conserver beaucoup de copies; mais on ne soutient point une telle correspondance sans en remplir exactement les devoirs. Peut-être qu'un habile homme pourroit faire dans ce répertoire immense un chois judicieux qui enricheroit I 'histoire littéraire du siècle passe. La bibliothèque est plutôt utile que curieuse. Elle se distingue bien plus par les livres imprimes, que par les MSS. qui sont presque tous à St. Laurent. II y a cependant un beau Recueil des Mathématiciens Grecs, dont il y en a plusieurs qui n'ont jamais été publies; une collection nombreuse des premi8res éditions du quinzième siècle, et un livre imprime à Venise dans le seizième, qui est très précieux par sa rareté et par son sujet. C'est la Collection des Lais do Royaume do Jérusalem, qui sent passées dans le Royaume de Chypre sous la Maison d® Lusignan, et qui paroissent s'y être conservées sous le gouvernement des Venetiens. Ce livre est en Italien, et ne pout être par conséquent qu'une traduction. J'y ai vu la confirmation d'une circonstance racontée par tous les historiens, que Godefroi de Bouillon n'avoit jamais voulu as faire couronner pour ne pas porter une couronne d'or, dans les lieus même ou son Dieu en avoit porte une d'épines. Ce livre a été ignore de tous les savans. On croit même que Muratori ne le connaissait pas. Il pourroit servir pour 1'histoire des Croisades. De là nous sommes allés à 1'egiise de Santa Croce. L'architecture n'a rien do considérable pour I 'architecture : mais ce n'a pas été sans un respect secret que j'ai considère les tombeaux de Galilée, et de Michel Ange, du restaurateur des arts, et de celui de la philosophie: génies vraiment puissans et originaux. Ils ont illustre leur patrie mieux que les conquérants et les politiques. Les Tartares ont eu un Jenghiz Khan, et les Goths un Alaric, mais nous détournons nos yeux des déserts ensanglantes de la Scythie pour les fixer avec plaisir sur Athènes et sur Florence.

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Nous sommes allés en corps avec le Chevalier Mann, pour faire visite au Marechal Botta, qui est arrive aujourd'hui de Vienne, en dix jours. C'est une course un peu forte pour un vieillard qui a soixante dix-sept ans, mais il paraît encore vert et vigoureux. Il nous a reçu poliment, mais il n'a parlé qu'au chevalier. C'est un homme singulier, qui s'est élevé aux plus grands emplois à force de bévues. Il a eu des ambassades brillantes, et des commandemens d'armées. Aujourd'hui il est feld-maréchal, colonel d'un régiment d'infanterie, chef de la régence de Toscane, et vicaire-général de 1'empire en Italie. On se plaint beaucoup de sa hauteur et de son avarice. Il se refuse aux dépenses les plus nécessaire pour envoyer beaucoup d'argent à Vienne, et dans sept on huit ans, qu'il a gouverne la Toscane, il n'a rien fait pour le bien du pays. On compare cette conduite à celle de son prédécesseur le Comte de Richecourt, qui a dignement représente son prince; qui a conclu on concordat très-avantageux avec la cour de Rome, supprime 1'inquisition, borne le nombre et la richesse des couvens par une loi de mortmain, qui a fait de grand chemin à Bologne, etc., etc.

Septembre 1

Le Chevalier Mann, comme à 1'ordinaire. J'y ai vu un Baron Prussien, dont je ne sais pas le nom. Il y a quatre ou cinque ans qu'il voyage. Il a 60 en Angleterre, et parle très bon Anglois. Il me paraît joli garçon, et ne manque point de sens. J'ai cause avec lui sur son roi. II est permis d'être curieux aux le compte d'un pareil homme. Je vois qu'il 1'admire plus qu'il ne 1'aime. A-t-il tort? Un de ses oncles s'est fait hacher en pièces pour ne pas essuyer les reproches dura et inévitables de son maître de ce qu'il n'avoit pas fait 1'impossible. Le Roi de Prusse se pique de se connaître en physionomie, science qu'il estime, et qui doit plaire aux rois, parcequ'il semble leur donner les connaissances intentives d'un Etre supérieur. Le roi méprise tout homme qui paroît intimide en sa présence. Mais ne distingueroit-il point entre le courtisan qui tremble devant un roi, et 1'homme qui sent la supériorité d'un grand homme?

24

Pise , J'ai trouvé à Pise mon parent le commandant Acton, avec son neveu, qui nous ont comblé de politesses. Je plains beaucoup ce pauvre vieillard. A l'âge de soixante ans il se trouve abandonné de tous les Anglois pour avoir changé de religion; accablé d'infirmité, sans espérance de revoir son pays, il se fixe parmi un peuple dont il n'a jamais pu apprendre la langue. Dans 1'univers entier il ne lui reste que son neveu, dont la réputation a beaucoup souffert du changement de son oncle, qu'on attribue à son manège.

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