Letters about Gibbon's recanting Catholicism
Note from 'Remove to Lausanne' chapter from 'Memoirs Of My Life And Writing' by Gibbon

FROM TO
M. PavilliardEdward Gibbon, ESQ. (June 26, 1754)
Edward Gibbon Mrs. Porten
M. Pavilliard

FROM M. PAVILLIARD To EDWARD GIBBON, ESQ. (Juin 26, 1754)
MONSIEUR,
J'espère que vous pardonnerez mon long silence en faveur des nouvelles que j'ai à vous apprendre. Si j'ai tant tarde, ce n'a été ni par oubli, ni par négligence, mais je croyois de semaine en semaine pouvoir vous annoncer que Monsieur votre fils avoit entièrement renonce aux fausses idées qu'il avoit embrassées; mais il a fallu disputer le terrein pied à pied, et je n'ai pas trouve en lui un homme léger, et qui passe rapidement d'un sentiment à un autre. Souvent après avoir détruit toutes ses idées sur un article, de manière qu'il n'avoit rien à répliquer, ce qu'il avouoit sans détour, il me disoit qu'il ne croioit pas qu'il n'y eut rien à me répondre. Là-dessus je n'ai pas jugé qu'il fallut le pousser à bout, et extorquer do lui un aveu que son coeur désavouerait; je lui donnois alors du tems pour réfléchir; tons mes livres étoient à sa disposition; je revenois à la charge quand il m'avouoit qu'il avoit étudié la matière aussi bien qu'il l'avoit pu, et enfin j'établissais one vérité.

Je me persuadois que, quand j'aurois détruit les principales erreurs de l'église Romaine, je n'aurois qu'a faire voir que les autres sont des conséquences des remières, et qu'elles ne peuvent subsister quand les fondamentales sont renversées; mais, comme je l'ai dit, je me suis trompe, il a fallu traiter chaque article dans son entier. Par la grâce de Dieu, je n'ai pas perdu men tems, et aujourdhui, si même il conserve quelques restes de ses pernicieuses erreurs, j'ose dire qu'il n'est plus membre de 1'eglise Romaine; voici donc où nous en sommes.

J'ai renversé l'infaillibilité de 1'eglise; j'ai prouve one jamais St. Pierre n'a été chef des apôtres; que quand il l'auroit été, le pape n'est point son successeur; qu'il est douteux quo St. Pierre ait jamais été à Rome, mais suppose qu'il y ait été, il n'a pas été évêque de cette ville: que la transubstantiation est une invention humaine, et peu ancienne dans 1'eglise; que 1'adoration de 1'Euchariste et le retranchement de la coupe sent contraires à la parole do Dieu: qu'il y a des saints, mais que nous ne savons pas qui ils sent, et par conséquent qu'on ne peut pas les prier; que le respect et le culte qu'on rend aux reliques est condamnable; qu'il n'y a point de purgatoire, et que la doctrine des indulgences est fausse: que le Carême et les jeunes do Vendredi et du Samedi sont ridicules aujourdhui, et do la manière que 1'eglise Romaine les prescrit: quo les imputations que 1'eglise de Rome nous fait de varier dans notre doctrine, et d'avoir pour réformateurs des personnes dont la conduite et les moeurs ont été on scandale, sont entièrement fausses.

Vous comprenez bien, Monsieur, que ces articles sont d'une longue discussion, qu'il a fallu du tems à Monsieur votre fils pour méditer mes raisons, et pour y chercher des réponses. Je lui ai demande plusieurs fois si mes preuves et mes raisons lui paroissoient convainquantes; il m'a toujours assure qu'oui, de façon que j'ose assurer aussi, comme je le lui ai dit à lui-même il y a peu de tems, qu'il n'étoit plus catholique Romain. Je me flatte qu'après avoir obtenu la victoire sur ces articles, je 1'aurai sur le reste avec le secours de Dieu. Tellement que je compte vous marquer dans peu que cette ouvrage est fini; je dois vous dire encore que, quoique j'ai trouve Mr votre fils très ferme dans ses idées, je 1'ai trouve raisonnable, qu'il s'est rendu à, la lumière, et qu'il n'est pas, ce qu'on appelle, chicaneur. Par rapport à 1'article du jeune le Vendredi et Samedi, long tems après que je vous eus écrit qu'il n'avoit jamais marque qu'il voulut 1'observer, environs le commencement du mois de Mars je m'apperçus un Vendredi qu'il ne mangeoit point de viande; je lui parlai en particulier pour en savoir la raison, craignant que ce ne fut par indisposition; il me répondit qu'il 1'avoit fait à dessein, et qu'il avoit cru être oblige de se conformer à la pratique d'une église dont il étoit membre: nous parlâmes quelque tems aux ce sujet; il m'assura qu'il n'envisageoit cela que comme une pratique bonne à la vérité, et qu'il devoit suivre, quoiqu'il ne la crût pas sainte en elle même, ni d'institution divine. Je ne crus pas devoir insister pour lors, ni le forcer à agir contre ses lumières: j'ai traite cet article qui est certainement un des moins importans, des moins fondés; et cependant il m'a fallu un tems considérable pour le détromper, et pour lui faire comprendre qu'il avoit tort de s'assujettir à la pratique d'une église qu'il ne reconnoissoit plus pour infaillible; que si même cette pratique avoit on quelque utilité dans son institution, cependant elle n'en avoit aucune en elle même, puisqu'elle ne contribuoit en rien à la pureté des moeurs, qu'ainsi il n'y avoit aucune raison, ni dans 1'institution de cette pratique, ni dans la pratique elle même, qui 1'autorieat à s'y soumettre: qu'aujourdhui ce n'étoit qu'une affaire d'intérêt, puisqu'avec de 1'argent on obtenoit des dispenses pour manger gras, etc. de manière que je 1'ai ramené à la liberte Chretienne avec beaucoup de peine et seulement depuis quelques semaines. Je 1'ai engagé à vous écrire, pour vous manifester les sentimens où il est, et 1'état de sa santé ; et je crois qu'il 1'a fait.


Mr GIBBON TO MRS. PORTEN
DEAR MADAM,
I have at length good news to tell you. I am now good Protestant, and am extremely glad of it. I have in all my letters taken notice of the different movements of my mind, entirely Catholic when I came to Lausanne, wavering long time between the two systems, and at last fixed for the Protestant—when that conflict was over, I had still another difficulty—brought up with all the ideas of the Church of England, I could scarce resolve to communion with Presbyterians, as all the people of this country are. I at last got over it, for considering that whatever difference there may be between their churches and ours, in the government and discipline, they still regard us as brethren and profess the same faith as us—determined then in this design, I declared it to the ministers of the town, assembled at Mr. Pavilliard's, who having examined me, approved of it, and permitted me to receive the communion with them, which I did Christmas day from the hands of Mr. Pavilliard, who appeared extremely glad of it. I am so extremely myself—and do assure you feel a joy extremely pure, and the more so, as I know it to be not only innocent but laudable.

[ This letter is curious: as it shows in how short a time (not more than a year and a half) he had adopted the idiom of the French language and lost that of his own. —SHEFFIELD]


M. PAVILLIARD TO MRS. PORTEN (Lausanne, January 28, 1755)
MADAM,
As I have a piece of news extremely interesting to acquaint you with, I cannot any longer defer answering to the letter you honoured me with. God has at length blessed my cares, and heard your prayers; I have had the satisfaction of bringing back Mr. Gibbon to the bosom of our Reformed Church; he has communicated with us Christmas Day last, with devotion: he appears satisfied with what he has done, and I am persuaded is at present as little inclined to the sentiments of the Church of Rome, as I am myself. I have made use with him, neither of rigour nor artifice. I have never hurried him in his decisions, but have always left him the time to reflect on every article; he has been persuaded of the integrity of my intentions, he has heard me as a friend, and I have served him as guide to enter into the road of the truth. God Almighty be blessed for it; I pray that God to strengthen him more and more in the right way, and to make him a faithful member of his Church. I ought to render him the justice to say, I never found him obstinate; he has been fixed in his ideas, but when he has seen the light, he has rendered himself. His behaviour has been very regular and has made no slips, except that of gaming twice and losing much more than I desired. I hope, Madam, you will acquaint Mr. Gibbon with your satisfaction and restore him your affection, which, though his errors may have shaken, they have not, I am sure, destroyed. As his father has allowed him but the bare necessaries, but nothing more, I dare beg you to grant him some tokens of your satisfaction. I am convinced he will employ them well, and I ever flatter myself be will give me the direction of them, for he has promised me never to play any more games of chance. I wish you, Madam, all kinds of prosperity.

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