EXTRACT OF A LETTER FROM M. PAVILLIARD TO EDWARD GIBBON, ESQ.
Sent from Lausanne
Note from 'Remove to Lausanne' chapter from 'Memoirs Of My Life And Writing' by Gibbon

À Lausanne, ce 25 Juillet 1753

Monsieur de Gibbon se porte très bien par la grace de Dieu, et il me paroit qu'il ne se trouve pas mal de notre Maison; j'ai même lieu de penser qu'il prend de l'attachement pour moi, ce dont je suis charmé et que je travaillerai à augmenter, parcequ'il aura plus de confiance en moi, dans ce que je me propose de lui dire.

Je n'ai point encore entrepris de lui parler sur les matières de religion, parceque je n'entends pas assez la langue Angloise pour soutenir une longue conversation en cette langue, quoique je lise lea auteura Anglois avec assez de facilityé; et Monsieur de Gibbon n'entend pas assez de François, mais il y fait beaucoup de progrès.

Je auis fort content de la politesse et de la douceur de caractère de Monsieur votre fils, et je me flatte que je pourrai toujours vous parler de lui avec éloge; il s'appliqua beaucoup à la lecture.

À Lausanne, ce 13 Août 1753

Monsieur de Gibbon se porte bien par la grace de Dieu; je l'aime, et je me suis extrèmement attaché à lui parcequ'il est doux et tranquille. Pour ce qui regarde ses sentimens, quoique je ne lui aye encore rien dit là-dessus, j'ai lieu d'espérer qu'il ouvrira les yeux à la vérité. Je le pense ainsi, parcequ'étant dans mon cabinet, il a choisi deux livres de controversie qu'il a pris dans sa chambre, et qu'il les lit. Il m'a chargé de vous offrir ses très humbles respects, et de vous demander la permission de le laisser monter au manège: cet exercice pourroit contribuer à donner de la force à son corps, c'est l'idée qu'il en a.

À Lausanne, ce 31 Octobre 1753

MONSIEUR,
Depuis ma lettre du 15me Août, je reçus le 18me du même mois la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en datte du 24e Juillet. Je l'ai lue avec attention: permettez moi de vous marquer les réflexions que j'y ai fait.

Vous souhaitez que je tienne Monsieur votre fils à la maison attaché à ses études, et qu'il sorte peu. Vous êtes père, par là même, Monsieur, vous avez droit de prescrire la manière dont vous voulez qu'on le conduise. Sans doute vous ne prenez ce parti, que parceque vous croyez qu'on réussira mieux par cette voie, à le ramener des prejugés auxquels il s'est livr è. Mais je vous prie de considérer que Monsieur votre fils eat d'un caractère sérieux, qu'il se plait à refléchir, qu'étant dans sa chambre occupé à lire, il suivra ses idées, et il s'y attachera toujours plus, parceque personne ne le contredira: d'ailleurs regardant comme une peine l'obligation qu'on lui impose, il sera toujours moins porté à écouter favorablement ce que je lui dirai: il envisagera tons mes discours, comme venant d'un homme qui est dans des idées qu'il désapprouve, et qui veut, cependant, les lui faire recevoir, parcequ'il eat paié pour cela.

Je crois, Monsieur, qu'il seroit plus à propos de le distraire un peu, de l'égaier un peu, pour lui faire passer ce qn'il a de trop sombre dans le caractère: en voyant bonne compagnie, il appercevroit qu'on pense juste sur bien de sujets: il s'accoutumeroit à etre contredit quelque-fois, et à céder aussi dans l'occasion, il examineroit avec plus de soin et avec moins de préoccupation les principes qu'il adopte, et les voyant souvent condamnés par des personnes qu'il voit qui ont du goût pour la verité, il ne les regarderoit pas comme infaillibles, et convaincu qu'on ne le hait pas à cause de ses sentiments, il écouteroit ce qu'on lui diroit avec plus de confiance. Tout ce que je viens de dire eat une suite des remarquea que j'ai fait sur son caractère, et sur ce que vous m'avez fait l'honneur de m'en dire dans votre lettre. Je me suis apperçu qu'il étoit attaché au parti du Prétendant: il s'en est déclaré assez ouvertement dans la suite. J'ai combattu ses idées sans faire semblant que c'étoit les siennes, et sans marquer aucune intention de lui faire de la peine: il a répliqué plusieurs fois, mais à la fin j'ai tellement renversé tous ses raisonnemens qu'il n'en parle plus, et qu'il s'exprime sur le sujet du roi d'une manière bien différente de ce qu'il faisoit autrefois. Je n'assurerai pas cependant qu'il ait entièrement changé d'idées, parcequ'il parle peu, et que je n'ai pas voulu faire connoître que j'avois dessein de l'emporter sur lui.

Monsieur,
Votre très humble et obéissant Serviteur,
PAVILLIARD, PASTEUR.

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